dimanche 23 décembre 2012

Boréale, Horror boréale

"J'ai longtemps aspiré à vivre ce moment. J'ai, durant toutes ces années injustement vêtues de noirceur, fantasmé sur une éventualité que cela s'arrête. Que je ne sois plus chaos. Que je ne chante plus les meurtres et ne me languisse plus de mes déconvenues. J'ai souhaité arrêté de sentir comme on souhaiterait voir apparaître ce monstre qu'on scrute vainement sous son lit.
Je me suis voulue inerte, morte, froide, létale et glaciale.
Et finalement, il y eut ce vilain mage qui s'est résolu à réaliser mon voeux malsain.
La magie qui d'un enchantement tue tout enchantement.
J'ai été ravie d'en rire, en premier lieu.
De l'amour ravi.
Du temps perdu.
De la vie, de la mort, de l'après mort, du bon Dieu, des défunts.
Je ne ramassais plus les feuilles mortes, je les écrasais sous mes semelles.
Je ne pleurais plus, je vociférais des louanges à la joie.
Je ne disais plus vrai, je jouais du clairon aux leurres.
Puis, je me suis perdue entre ce que j'aurais détesté être et ce que je me suis acharnée à devenir.
Les souhaits inconscients insouciants d'une psyché ébranlée ont fait que je ris désormais de tout pour ne plus avoir à en pleurer, de ce tout.
Après, je me suis rendue compte que je suis habitée de mots geignant infiniment les maux. Le mensonge s'est dès lors marié au Frankenstein me voilà devenu.Et a fait que je sois aussi stérile qu'une pucelle de douze ans s'imaginant que la procréation et les cigognes c'est du pareil au même.
Les phrases se sont appauvries. Et la vie a vaincu.
J'en ai récolté une tendre moisson de réalisme qui rassure mes émois au gré des frêles matins d'apocalypses.
Et j'en ai bouffé des pas mûres. Et j'ai fini par gerber les mûres."



J'étais devant cette bibliothèque qui m'a vue grandir. J'avais fini de griffonner ces notes sur le fameux calepin rouge. Je me suis allumé une cigarette et j'ai regardé malicieusement toutes mes phrases hurler sous le feu de mon briquet. Inerte à contempler le vieux et laid bâtiment.Le regard ahuri, la fumée que le vent s'acharnait à consumer. Je te fais mes adieux tendre garce.
Je n'ai plus rien pour personne. Je n'ai plus rien que ma personne.

Et la clope écrasée du haut de mes 173 centimètres, de toute la vanité que portent désormais les pas de mes semelles.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire