dimanche 7 août 2011

des personnes,là (zization?)

Le huis clos de l'inéxistance ou la lettre d'un amoureux fictif


...Puryke enseignait une matière assez particulière pour les lycéens littéraires,je l'avais su le jour,où j'avais toisé la liste des profs de mon air mauvais.
"Education islamique"était joliment transcrite avec un nom que je trouvais fin et donc féminin,pauvre bougre boutonneux que j'étais.
Ce jour là,j'étais en avance,je m'assis à la dernière table,dans cette grande salle,où j'avais connu mes plus longues heures d'émerveillement,généralement assoupis.
La tête posée sur la table,je griffonnais des paroles d'une chanson,en attendant sa majesté et ses sujets.
Un bruit se fait entendre,mais rien ne me troublait,une chaise qu'on tire avec rage,puis plus rien.
Je commençais tout juste à m'assoupir quand un nouvel intrus fit irruption.
-Bonjour.
Je ne levais pas la tête,même si Puryke était évidemment là.
-Bonjour,où sont vos camarades?
-Ben ailleurs.
-Commencez pas,vous êtes bien insolente pour un premier cours.
Puryke,un prénom fin,mais finalement,pas si féminin que ça.Le prof et non la prof donc,s'adressait à la rageuse qui avait troublé la première ma quiétude.
-Votre nom.
-Akarine.
-Bon Akarine,on va pas les attendre ces merdeux,de toutes façons,il est 10 h passée.
Toujours dans ma posture de l'homme dormant ou invisible plutôt,je me languissais à être là,me ravissant,pour une fois,de ma capacité,à me faire tout petit.
-Faites moi une fiche.
-Vous prenez vos médicaments là?
Puryke toussait,mais c'était à l'évidence,de la gêne.
-Oui,mademoiselle.
-Qu'est ce que vous avez?
-Je ne suis pas obligé de répondre.
-Bah,c'est sur,c'est moi qui me fait noter ici.
Soupir,je n'avais pas besoin de voir la scène de mes yeux pour comprendre que Puryke avait soudainement un élan de sympathie pour la camarade.
-C'est une névrose,vous y comprendrez rien.
-Essayez tout de même.
-Impression d'inexistence,de fiction,le malade n'est plus acteur de sa vie,une apathie enfin..vous voyez,des trucs d'adultes dépressifs agonisants et très emmerdants surtout.
-Vous êtes un creep,vous aussi...
-Hein?
-Un creep,un monstre,une sorte d'être humain bizarroïde,et qui est tellement bizarroïde qu'il vit en reclus des autres.
-Moins 5 pour le terme "monstre" mais oui,y a du vrai.
Un troisième épiait leurs mots,de sa table du fond de la classe,mais ils ne le savaient pas,et ça me convenait.
-Et vous le vivez comment?
-Je me soigne,en attendant de guérir.
-Mais vous n'êtes pas malade.
-Vous en avez de bonnes Akarine,vous savez,moi je n'ai pas 17 ans,et c'est ma dernière conquête qui m'a faite découvrir Radiohead,d'ailleurs je devrais peut être en parler au psychiatre.
-Nous sommes à la limite des fantômes,mais pas des malades,expliquez cela comme cela vous semble,mais le fait est que la donne est la même,nous sommes inexistants,dans la capacité du non-percevoir et nous sommes incapables de nous situer dans le réel des autres.Ce qui rejoint les symptômes vite repêchés chez un vicelard freudien.
Essayez,monsieur,de voir les choses autrement,nous sommes là,à parler,mais ni l'un ni l'autre,nous ne sommes dans l'échange concrets de paroles,pourtant nos mots sont sensés,et même que moi,je suis douée en grammaire.Ce n'est pas une maladie,monsieur,c'est un trait,une spécificité,une tare ou une bénédiction,mais le fait est que tout ce que vous ferez et obtiendrez surtout ne sera qu'effet placebo,rien de plus.
-Et après?
-Après,la réalité nous appartient,et nous n'avons même pas ce besoin qu'ont les autres de la fuir des fois,puisque nous n'en sommes pas esclaves.
C'est là,que je lève la main et m'écris:
-Monsieur Puryke,le troisième creep de la salle,approuve Akarine....

Je ne sais pas pourquoi je te raconte ça,S.C'est peut etre pour que tu me comprenne,pour que tu comprenne que ce jour là,ne pas être là,ne signifiait rien mais que 10 ans plus tard,chaque caresse ou chaque baiser imperceptible fait de moi,ce que Akarine n'a pas mentionné,l'esclave de la fiction.

Avec tout mon amour,
Ton fervent personnage,L.


Note:http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9personnalisation (Hypocandriques s'abstenir!)

2 commentaires:

  1. C'est dingue! J'été entrain de lire ça ce matin meme! j'ai meme ecrit un post sur un forum :http://forums.philosophyforums.com/threads/depersonalization-disorder-49072.html
    Encore chapeau!

    RépondreSupprimer
  2. L'insomnie,un régime de vie désordonné et un certain excès de peur peuvent faire en sorte que tu ressente ces symptomes Hitomi,on devrait peut être en parler en privé,mais sinon merci pour tes commentaires,c'est encourageant :)

    RépondreSupprimer