mardi 9 août 2011

Plus de huit heures à trier de la paperasse,j'étais assommé étourdi,repensant à mes années juvéniles où le temps prenait la peine de se faire sentir,sur mon bureau,des feuilles et encore des feuilles,un téléphone,des faxs reçus la matin,des dossiers,et toute l'artillerie bureaucrate,devant l'impeccable de mon bureau,seule une vieille photo dans un cadre joliment orné faisait tache,la photo d'une femme,ou d'un souvenir plutot,l'ombre d'un passé glorieux,les restes d'une vie qu'on peine à retrouver.
La femme en question,si amochée que méconnaissable devait m'attendre avec rage devant notre diner,qu'on ne partagera pas,ce soir encore.
L'air de ma soirée estivale beaucoup trop comptabilisée m'était insoutenable,le regard hagard,les gestes fébriles,je me sentais si affligeant,dans ce grand immeuble,vide à l'heure qu'il est,j'en aurais presque déchiré mon contrat signé ce matin avec la société que je convoitais depuis des mois,mais toute  bravoure herculienne considérée,je me contentas de défaire ma cravate.
Puis voilà que je me perds dans mes songes,voilà que ce soir je ressens soudainement le besoin de me rendre des comptes,des années que je m'évite les grandes questions,m'étant dit que l'existentialisme je l'avais laissé sur un des bancs de ma fac de lettres,bien du chemin depuis,mon père qui ne riait plus à la blague du fils qui se dit professeur de mythologie grecque m'inscrivit de force dans une école de finance,mes notes devinrent exemplaires,et ma vie aussi abstraite que tous ces chiffres que je croisais,à ma sortie de l'école,tout se cadrait,les traits de mon existence était durement sculptés,en gras,de parfaites lignes droites,un chemin bien dessiné s'offrait,et les détours se décimaient à mesure que je grandissais,comme le disait mon bougre de père,j'étais destiné à la vie dont il a toujours rêvé,riche et comblé,mon père,en analogie aux autres papas,avait une franchise qui faisait que je lui pardonnais tout,même l'inébranlable fait que j'avais raté ma vie,les évènements se succédaient,j'avais trouvé la femme qu'il fallait pour m'accompagner dans ma quête de la gloire,ce n'était même pas une compagne,c'était un trophée que je m'offrais,après la brune aux yeux bleus,vint la maison qu'il faut,la voiture qu'il faut,et tous les rudiments de la vie de l'homme qui avait tout réussi.
Mes premières années de mariage ont été les plus belles de ma vie,je me donnais des airs de Paris,aux cotés de son Hélène,elle m'aimait,je partageais sa ferveur au lit,et mieux,je payais tous ses caprices.
Mais mon Hélène,après deux nourrissons morts-nés,s'était résolue à ne jamais être mère.
Et c'est là que j'ai perdu ma femme,c'est là que d'Hélène je m'étais enguichée d'une Eurydice,un peu trop névrotique et maniaque,désespérément vouée à etre un drame de plus dans ma vie.

Et ainsi,me voilà,la quarantaine,à mi chemin entre un rondelet qui s'achète les plus beaux complets pour se faire oublier sa calvitie et une sorte de requin de la finance que tout le monde craint et respecte.

Je sentis l'air peiner à transpercer mes poumons,las de ce jeu,de ce bilan catastrophique que je m'étais fait,de ce tourmentant tableau que je voyais de loin à présent,las de toutes ces choses qu'aucun chéquier ne m'offrira,je m'armas de mon seul bouclier dans des moments pareils,la débauche des époux insatiables et désirant se refaire une jeunesse ou une vie dans mon cas.

Je fermas mon bureau presque machinalement et allais rejoindre Erato,le genre de nymphe qu'on retrouve,dans de vieux hôtels que personne ne connait.

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