dimanche 1 janvier 2012

Le déracinement d’une frivole qui s’est faite sage


Aux douze coups de minuit, la ville éclate. Bombardement, mitraillage, coup de feu ?

Une vieille dame me demande: "Ma fille, on se fait encore mitrailler?"

Non, ma jolie dame,simples explosions de joies factices, simples explosions de joie purement éphémère.
Aussi éphémère qu’une année qui s’éteint.

Le brouhaha m’atteint au loin, me ronge les tympans, malgré la lourdeur du froid, censée me boucher les oreilles.
Les orifices de ma ouïe crient famine. J’aurais souhaité entendre l’appel à la prière au milieu de cette condensation de la société de la baise et de la buverie bon marché. J’aurais aimé fumer ma cigarette aux sons des versets calomnieux pour certains, salvateurs pour moi, devant le pan de cette porte. Devant laquelle j’attends ma famille, qui tarde à rentrer, en ce soir où les cendrillons ne se transformeront pas après minuit. La laideur se faufile dans l’air, la débauche me rappelle mes antérieures nuits cauchemardesques où les hommes ont aimé se bouffer, et où je me suis réveillée en sursaut.

Je me récite ma littérature. Mon théâtral m’amuse quand je suis dans l’attente. Je suis entrain de fumer ma première clope de l’année. Cette idée m'est drôle. Je savoure la clope, je me joue des bouffées, je les ravale entières, je me noie dans le goudron, je me noie dans ce qu'ils appellent meurtrier.

Je repense à la soirée. Je suis aussi ivre que le bouffon qui a crié du haut de son balcon ou de sa tour d’ivoire, une joyeuse fête à tous les habitants de son quartier bourgeois.
Ses vœux n’atteindront pas les bidonvilles, les sans famille fixe, les sans papiers, les sans rêves, les sans avenirs, tous les sans, et surtout pas le sang coagulant de ma Tunisie, de ma Falastin, les corps qui se vident en Somalie, l’oppression qui fait dans le spectaculaire en Syrie, la Lybie joue aux soldats de plomb,l'Afrique ne fera pas bourdonner les tambours ce soir, seuls Sydney, Paris, et New York se chargeront de tout diluer.
Mon ivresse se heurte à la sienne, je n’ai pas que l’alcool d’Apollinaire dans le sang. Je n’ai pas fait la queue à Mono-vie. J’ai juste payé un café trop cher, trop amer, pour un jour, aussi mortuaire.
Une année meurt. Et nous célébrons ses funérailles.
Cette manie nous l’avons toujours eu quelque part, la mort d’autre chose nous rassure sur la continuité de notre vie.

Je me rappelle qu’en rentrant du travail, ce soir là, la radio grouillait de bonnes prêches. L'animatrice m'a semblé quelque peu hippie ce soir.

Année administrative 2011, adieu.
Ce soir, nous sommes plus que (dés)enchantés de te jeter dans les méandres de notre oubli. Nos mains sont restées longtemps entachées de sang, nous ne rêvons que de savonnette, le temps en est une de très efficace. Enfin, je crois. Au pire, nous oublierons.

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