"Il a vraiment fait beau aujourd'hui."
J'ai tâtonné dans le noir d'une matinée éblouissante pour trouver ce maudit téléphone, écrire ce message et me rendormir sous le poids d'un mensonge auquel je n'ai pu croire. Le passé est composé, mon passé me compose et la matinée fut belle pour qu'il ne soit que simple. Quatre heures pour me décider à me réveiller. J'ai toujours été tardive, il m'a fallut des années pour m'avouer les vérités les plus élémentaires, rien que parce qu'elles étaient aussi dérangeantes que ce réveil sans raison. A quoi bon se réveiller? Pleurer la sécheresse d'un pays antérieurement aride? Ni mes larmes ni la pluie n'abreuveront la soif de ma terre. Me réveiller? Moi l'exilé dans sa propre antre, pour ne rien faire d'autre que se pavaner comme un roi alors qu'on est le plus bas des esclaves?
Ni la vérité ni les mensonges ne changeront rien aux couleurs rouges des chaînes. Me réveiller? Avec tous ces regards inquiets, las, afflictifs. Avec l'odeur putride de la mort qui réveille les enfants en cris, et qui sermonne les vieux en sursis? Je n'ai plus les louanges des forts, ni la force des satyres railleurs. Me réveiller? Pourquoi le ferais-je ? Voilà, je le fais. Ma grand-mère me parle de son frère mort il y a trois semaines, elle ne verra jamais mes pleurs. Elle ne voit que le réconfort de mon sourire pieux. Un mort, un autre hier, hante facebook. Ici, le sang se lave et sèche très vite. Un autre à qui on a volé la vie au nom de celle de l'absolu. Les abrutis se pensent invincibles, les couards se croient super héros. Cela me fait amèrement sourire, que leur seul juge sera celui dont ils clament la protection. Mon chat, mon chat moche, oui, même parmi les bêtes, j'en choisis les plus excentriques, mon vilain canard vient s'affaler à mes côtés. Son air hautain se confond avec ma tristesse enjolivée de ce matin. Il a le visage tissé de cicatrices. Je lui cris dessus en larmes: " Pourquoi tu te fais ça ducon?". Le chat somnole, daigne lever le regard pour me rappeler ma bêtise et mes médicaments boycottés.
Je me retiens de me lancer dans un las monologue avec cette bête, je pourrais lui en vouloir de ne pas répondre. Il se taille, en baillant, me laisse avec tous mes deuils, tous mes amours envolés, toutes mes fausses promesses et toutes mes désillusions. A tort (ou pas), je dédie ce texte au plus humain de ceux qui m'entourent, Mehrez, le chat moche.
Tu as vraiment vécu tout ce que tu as écrit ?
RépondreSupprimerOui, mon chat est vraiment moche :)
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