lundi 19 mars 2012

Incohérence et confession expérimentale

J'ai toujours l'idée de commencer mes phrases par des groupes nominaux. Ce qui est à l'évidence une preuve d'une certaine incohérence, devenue évidente mais vivable. Je m'en souhaiterais pourtant une pour écrire ce bouquin dont je rêve depuis assez longtemps.Je me la souhaiterais pour avoir une paperasse qui prouverait à une société modelée par les papiers cul, que je suis un cul valable. Même si ce n'est que pour qu'il soit mis sur une chaise, devant un écran. Je me la souhaiterais pour être dans les rangs des amoureuses bien foutues, bien pensantes, bien aimantes, moins torturées, moins torturantes. La cohérence ce n'est pas la méthodologie d'un essai pointé d'un 8 sur 20 en philosophie. Ou une animosité suffisante pour finir un texte littérairement léthargique de quelques lignes présomptueuses. La cohérence est ce qui manque à ma vie. Se réveiller tous les matins dans les mêmes lits. Non que je collectionne les amants. Je manque seulement de cohérence. Je commence toujours des trucs que j'oublie de finir. J'ai une fois commencé à être indépendante. J'ai oublié que ça ne consistait pas à quitter le bercail. J'ai aussi commencé le communisme, refusé les cartes de crédit, les intérêts des banques. J'ai oublié que retirer mon argent de chez la poste ou ailleurs, ça ne change rien au fait que des millions de chômeurs nourrissent un système auquel j'ai oublié que je n'y ferai rien.J'ai commencé le fortuit, j'ai oublié Dieu et la miséricorde.J'ai commencé un tas de choses, des études, des jobs, des amours, des querelles, des deuils, des départs, des retours, des fins, heureuses, malheureuses, je n'ai rien achevé. Et dans cet inaccompli, inachevé, avorté, réside cette malfrat d'incohérence usurpatrice de tout ce que je pourrais à l'heure qu'il est, considérer comme une fierté ou une vengeance sur la vie. Et à vrai dire, ce n'est ni affaire de sens ni de bon vouloir, ni de toute la chimie dont mon corps se plaint. Il n'est question que du bon vouloir. Non, tout compte fait, il n'est question que du non sens des deux phrases qui ont suivi cette dernière. Enfin, précédé je veux dire.

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