dimanche 15 avril 2012

Faits divers à la montagne de la mort.

L'homme en noir était entouré de sa belle foule, il était plus accoutré de ces gens, que de son parquas noirâtre.
Lui et ses moutons ne faisaient qu'un.
Nous étions dans un cimetière et j'étais la seule femme. Eux, ils ne me savaient pas femme.Un arrangement entre moi et la nature. Ils s'en passeront des détails, ils se passeront aussi du fait que je ne suis qu'un "liquide utérin fertile".
Le "berger" bouillonnait. Je connaissais ce genre de transes. Je connaissais le mythe d'Alamut. Je connaissais les meurtres au nom de la foi. Puisque dans la tombe reposait mon frère. L'homme avait très vite oublié "El Fatiha" qu'il devait à mon mort. Il s'élança dans ses réprimandes qui eurent l'air d'accabler plus l'assemblée que le macabre frigide.
"Qu'avez fait de votre vie?" Et c'est parti! Le Coelho macabre s'élance dans ses sermons à ne pas en finir.
Autour de lui, ça geindrait, ça hurlait en silence, ça pleurait en bons lâches qu'ils étaient.
J'étais en retrait, j'épiais la tendre mascarade, j'avais de la compassion pour cette humanité qui confond la peur des larves avec celle du divin. Celle du jugement avec l'amour qu'ils lui doivent. Un rire nerveux me prit ex-abrupto.
On regarda le jeune homme que j'étais à leurs yeux d'un air méfiant.
"Laissez, il ne mesure pas encore l'ampleur de sa vie de pécheur."
Je m'éloignai encore de la foule. J'avais peur de la contagion. J'étais à ce moment à plusieurs mètres d'eux. Je n'entendais plus rien. Au loin, la psalmodie de l'Adhén. Je levai les yeux vers le ciel et je les fermai. Mon rire nerveux était soudainement sourire béat. Tandis qu'ils s'élançaient tous en hâte vers la mosquée, je rejoignis le tombeau de mon frère, et je récitai avec mes larmes bénignes mon ultime adieu à celui qui m'a été ôté.
Avec une craie noire que je m'étais arrangée pour voler à l'école, j'écrivis : "Dieu est amour"
Loin de leurs râles de vivants en agonie, je m'élança vers ma demeure, retourner à ma vie de pécheur en mal de vivre. Celui de ne pas vivre assez. Celui de ne pas rendre honneur à cette essence transcendantale qui m'a été offerte. Je courais, le vent avait défait mes cheveux, j'étais à nouveau la soeur, la femme et la future mère. Et la future vie.

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