jeudi 7 juillet 2011

Baba 3zizi win méchin?

"Rien ne va,rien ne semble aller,tout va de travers,tout est absurde ici bas"
Elle étouffait dans sa chambre aux lumières chaudes,beaucoup trop chaudes.Sortir,prendre l'air,courir au gré du reflet de la lune,au gré de sa propre ombre.Elle avait très mal à la poitrine,l'air estival ranimait ses poumons de vieille fumeuse précoce.Taxi,mais où aller? Le taxiste s'impatientait,le parcours de santé du coin fera l'affaire.
Un paquet de cigarettes achetée à l'arrivé à l'épicier du coin,nonchalamment,et des larmes qu'elle n'avait le temps ou l'énergie d'expliquer ni de retenir d'ailleurs.Un banc,un banc vide,loin du monde,loin du tumulte des hommes,loin des rêves avortés des derniers sportifs rôdeurs,loin d'un étalage de voiture de luxe.Quartier bourgeois oblige.
Elle s'assit.Entre une gorgée de jus en paquet et une marlboro,elle s'évada.Elle écoutait la gaieté bestiale des cigales en chœur,elle voyait les réverbérés alignées sur la route d'en face,elle sentait la présence de ce chien et s'en effraya même,mais elle n'était pas là.Rien que le matérialisme de sa chair laissait transparaitre sa présence.Elle,elle vaguait voguait et divaguait.Un vieux monsieur passa,au moment où elle tirait sa dernière bouffée,elle réprima un cri et cacha et sa cigarette."GRAND-PERE!!" elle se sentit perdre pied,que faisait il là?Que faisait son grand père à cette heure ci loin de chez lui accoutré de cette chéchia et de cette majestueuse djellabba ? Elle se re-saisit,se dit que dans le noir,la vision est narquoise,les traits trompeurs et que ce n'était pas "Baba 3zizi".Elle alla s'acheter un deuxième paquet de jus,le chien la suivait,elle avait oublié sa peur,préoccupée par un je-ne-sais-quoi.A son retour,le banc était occupé.Insoucieuse,elle alla s'installer ailleurs loin toujours très loin,mais cette fois il faisait moins sombre.Elle songea à téléphoner,à qui?un ami,des amis elle en avait,elle en avait toujours eu,elle en avait assez pour ne jamais se retrouver dans la merde.Mais ce soir,rien de grave ne se passait,elle avait certes besoin de consolation de réconfort ou d'un simple fou rire partagé mais son besoin de solitude prit le dessus.
La mort c'est ce qui suit la dernière fraction de seconde de votre vie.
En une fraction de seconde,elle avait immergé dans un regard,le vieil homme à la djellaba était repassé,arrivant de je ne sais où,et tout se passa en ce laps de temps très court,tout était fini dans ce regard échangé.
Elle se rua chez elle,il y avait du monde,elle savait que c'était un mauvais présage,il faut toujours toiser les regards,encore et toujours,pour comprendre ce qu'on se TUE à cacher.
"Baba 3zizi" est mort.En faisant son pèlerinage,à la terre sainte,à dix milles lieux de l'homme à la djellaba.


 Cela faisait une année que je ne l'avais pas vu,la dernière fois,ce fut,le culte maudit du "3id sghir",ce fut 20 dinars qu'il m'avait donné avec son beau sourire de vieux militaire aigri et solitaire.Ce fut cette maison que je haissais parce qu'elle empoisonnait l'homme bon qu'il était,cette maison qui l'exilait dans sa propre patrie.
Ce fut les larmes et les "maman je veux rentrer",je n'ai connu de lui que des mensonges,les mensonges des autres,et la vie ne m'a pas laissé le temps de parler avec lui de ce livre qu'il m'avait donné "Khoumeini et sa révolution",avec toutes les réprimandes que j'aurais volontiers enduré.


Repose en paix mein furher.

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