lundi 4 juillet 2011

La jeune fille à la fenêtre

Elle défait sa chevelure,la peigne avec soin,démêlant les nœuds,le reflet se miroitant à peine dans la pénombre,le boudoir sent l'huile à parfumer,le vieux tabac d'hier,et l'air marin se fige dans ce brouhaha des senteurs,une vieille douleur aux jambes la gagne,mais elle se refuse le repos,rien que pour ce soir,se répète elle.
La maison donne sur le port,une demeure revêtant les mêmes aspects nonchalants et rêveurs que sa seule occupante,Hermine y vit depuis que la guerre a fait d'elle une expatriée,depuis qu'elle a su que les femmes qui ne se la ferment pas,risquent corps et âme même chez soi,surtout chez soi.
"Nul n'est prophète en son pays" lui a-t-on répété.Elle avait sourit le jour où par sarcasme un politicien travesti en imam le lui avait sorti,y ajoutant un "vas faire ta putain ailleurs,il n'y pas de place pour toi ici",l'origine biblique de l'expression avait transformé sa colère en compassion mêlé de mépris.
Des années s'étaient écoulées,le temps faisait son règne,et de tous les dictateurs,il était de loin le plus juste.
Ce soir,accoudée à sa fenêtre,elle tendait l'oreille aux discussions des marins rentrés au port.Depuis qu'elle s'était trouvée cette maison,observer ces gens était sa seule véritable occupation,le reste n'était que des rudiments de survie.
Un vieux marin tissait les filets et radotait des réprimandes à un gars plus jeune,le regard perdu au gré des vagues qui leur faisaient face,la discussion ne s'enflammait pas,elle gardait ce ton doux,des gens simples.Ca jasait sur la paresse du jeune garçon mais le vieillard espiègle ne le sermonnait plus.A un moment,Hermine réprima un fou rire.Le vieux marin avait trouvé l'astuce. "Si tu ne pêche pas assez,comment veux tu te les payer tes putains".Et les jérémiades reprenaient,ça ricanait,ça riait et Hermine,le sourire aux lèvres,repensait à toutes ces années où elle avait trouvé les gens si laids,la vie si bête,et "Amsterdam" de Brel si niaise.
Au loin les bateaux et les barques revenaient au port,elle alluma sa cigarette,et s’allongea sur son lit se gardant de fermer la fenêtre,elle était loin,très loin de ce que les autres lui ont appris à appeler patrie,mais si près tellement près de cette paix qu'elle avait tant chercher.
"Il en faut peu,si vous saviez."

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