La télévision du salon est allumée. Un des colocataires a peut être cru bon de faire respirer la maison en faisant circuler de tendres versets pour l'occasion. Je suis dans ma chambre. En haut. J'entends cette voix se faufiler doucereusement pour malmener mes vieilles rancœurs. Je n'ose pas éteindre. Ou plutôt, je ne le veux pas. La maison pue un certain deuil, une dame proche s'est éteinte,il y a quelques jours. Je ne veux pas faire subir la même chose à ce qui me fait maintenant pleurer. Je ne veux pas éteindre la lueur de cette foi qui crépite ce soir. Les flots s'étalent sur les joues, les versets coraniques enflamment mes prunelles, je dois avoir le ton pourpre de quand j'avais 11 ans et que je pleurais pour un rien. La mort simulée de ma poupée ou la petite voiture que mon frère réclamait beaucoup trop vite. "Mes larmes ont beau tailladé mon visage, il reste loin. Il reste inaccessible le bon Dieu." Cette expression est aussi niaise que mes larmoiements. Dieu n'a nul besoin ni de mes pleurs,ni des attributifs ni même des notions bêtes et stupides qu'ont les hommes du mal et du bien. Mon mal à moi n'est pas à coupler à dieu,il lui est même soustrait. Que je me sente dans l'abandon ne regarde que moi, que mes bassesses de ce soir me font oublier toutes ces vies que la faucheuse usurpe en ce moment même, ce n'est qu'à moi de l'assumer. Si je ne suis plus fichue de clamer haut et fort des convictions qui me sont chères, ce n'est que mon propre tort. Si aujourd'hui, je semble incapable de mener ma quête parce que je ne trouve aucun lien entre celle de Brel qui me plait et celle de ma spiritualité qui m'effraie, c'est que je suis bête.Si pour moi, Sartre est à lire indépendamment du livre qui m'est sacré,alors je n'ai rien compris à la vie. Et si aujourd'hui, je m'adresse au divin pour m'aider à faire ce qu'il m'est possible de faire ,rien qu'en levant le cul de cette chaise, ce n'est que par paresse ignominieuse.
Ceci est un texte has-been même pour ceux qui ont l'age d'être mes grands parents.
Je vous épargnerai ces réflexions dès que j'aurai un calepin.
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