samedi 19 novembre 2011

-Tu fais quoi à ton réveil?

-Je m'en grille une.Cette manie vient avec le temps, avec un tabagisme presque lié au vital.Fumer pour consumer.Fumer pour se consumer,dès le matin.
Je déambule dans le siècle de la consommation.Rien de plus naturel pour un être du 21 ème d'être incorporé dans le "J'achète,je bouffe,je me bouffe".
Et pis chacun a sa manière propre de remplir son vide,le mien est assez efficace à mes yeux. Il ne submerge pas seulement tous ces creux en moi,qu'ils soient psychiques ou physiologiques. Il est aussi une manière d'imposer un remplissage aux autres. Des fois même,c'est ma fumée qui délibéremment se propage doucereusement dans leurs vides. Certains s'en voient ravis et s'y mettent à leur tour.
En apparence,c'est une avidité de rebéllion.Ma première cigarette n'a pas été un plagiat. Seulement un ras le bol. Et depuis,elle accompagne tous mes bols de céréales. Oui,je suis précoce,mais je suis aussi attardée.
Il fallut un abandon oeudipien,et la castration exagérée d'une maman pour me retrouver dans la déchéance des abimes. Et rien de plus. Des fois, la vie a cet absurde que la logique ne connait point. Dès lors,il s'agissait plus de remplir que de vivre. Et tout était bon pour cela. On se voit acquérir des richesses incommensurables,rien qu'en bataillant contre les catacombes du néant.
Une bibiothèque,des rencontres,une psyché de plus en plus déséquilibrée et une posture d'analyste des comportements humains.
Et plus on s'aventure dans ces intellectualisations solitaires, plus on se rend compte que le seul moteur qui anime nos vies est ce besoin de remplir des cases vierges.
Ce vide. Ce gouffre qui avale et qui ne recrache pas. Combien sont tombés la tête la première dedans,combien en sont sortis morts en se disant vivants. Les gens balivernent souvent sur leurs vies ,leur quiétude,ils aiment se dire heureux, se voir attribués tous les mérites d'une vie bien garnie,ayant le portefeuille qu'il faut. Ceux qui me font le plus rire,ce sont ceux qui clament cette euphorie du fond du gouffre. Ceux là sont bien bêtes de croire leur creux indicernable. Ils oublient l'arrogance de certains êtres comme moi,qui clope bien ancrée dans le bec, n'ont rien d'autres à foutre que voir au delà de leurs sourires figés par la bienséance du bonheur inventé pour les occasions.
Alors on comprend comment en est-on arrivés là. On comprend comment un réfrégitaire peut faire le bonheur d'une personne. Même si je trouverai toujours cela risible, nous l'avons en commun, ce remplissage. Que pour moi mon seul soucis matinal est une cigarette ne me rend pas meilleure que celui qui dort en comptant ses économies pour l'ordinateur qu'il veut,au lieu de compter des moutons qui ne sauront guère taire cet effroyable vide.

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