Il est tard pour chercher un autre que toi. Il est tard pour ne plus s'avouer vaincue par les serments du bougre qui confondait le complexe d'Electre avec sa complexité.
Je ne rêve plus. Je ne dors même plus pour oser y aspirer. Je flemmarde au gré des pages de ces bouquins qui jonchent mon enclos. Mon chez moi est une prison infecte où chaque soir je suis éprise de la même répulsion de l'ultime pulsion de la vie. Je n'ai pas honte à porter mon mal être dans ce grand cirque qu'est ce siècle. Je n'en ai plus honte. Je garde l'humilité de ceux qui ont trop aimé la vie pour ne plus pouvoir la quitter. Je me vois des fois comme une pauvre vierge effarouchée qu'on aurait marié de force. Mais le soir de mes noces, je ne me vois pas baisée par un homme. Je ne perçois que l'enculade impétueuse de la vie. Et comme une sorte de figure fantomatique, je ne fais que ma pavaner dans une robe blanchâtre délabrée par son coït incessant.
La prose est mon ultime heurt avec cette chose qui me fuit. Dans le fameux classement des maux de mon époque, je suis logée à la mauvaise enseigne. A 11 ans, je m'imaginais courageuse et brave. Du moins assez pour ne pas avoir à déserter la réalité parce qu'elle s'avérerait monstrueuse. Et c'est plus que de la lâcheté. C'est un effroyable sentiment de n'être qu'une fiction. Un personnage qui honte des pensées et qui fait que quand je m'explique sur ce fait, toutes mes plaidoiries semblent fantaisies aux bonnes gens qui s'aventurent à m'écouter. Je suis le personnage de mes chimères. La réalité m'abandonne. Et la mienne est si pauvre en sens, en persévérance et en solidité que je ne la trouve pas convenable à une vie dont la date d'expiration m'échappe tout autant.
Non, j'ai arrêté de chercher un autre que toi. Je me trouverais bien risible si j'en venais à le faire en ayant conscience de tout ce que mon inconscient est porté à débiter pour qu'âme et corps se sépare dans un grand fracas.
Je ne pourrais jamais radoter des phrases bien faites sur l'amour, la foi ni même cette chose qui m'échappe qu'est l'instinct de survie. L'appellation même est un châtiment envers une humanité qui se croyait vivre pour ne faire que survivre.
Et mieux encore, je ne pourrais jamais me penser assez bien pour toi ou pour ce monde.
Je m'exile chaque soir dans une nouvelle patrie, je m'imagine arborant chaque aspect de la réussite, chaque victoire du sentier de tout homme. Et chaque soir, cette phrase me revient :"Ailleurs est toujours mieux qu'ici, jusqu'à ce qu'ici devienne ailleurs."
Tu deviens dés lors ma seule terre, au risque que ce soit une terre où je serais mon propre champs de mines.
[Quand la mégalomanie est poussée, chez certains c'en suit un impitoyable sentiment d'immuable culpabilité,envers tout, et surtout envers rien.]
Il est des nuits où chaque râle est le fruit d'un kama sutra sinistre et morbide, d'un moi et un autre moi, l'une criant à l'autre: "je te baiserai jusqu'à la moelle, je te baiserai jusqu'à ton dernier soupir, je t’ôterai le voile de tes torts innocentés et te ferai regretter de m'avoir préféré la mort", des nuits où je chuchote tout bas "à l'aide" et où le monde, dans sa danse sourde et aveugle, me rétorque un "Salis-toi encore plus les mains, vielle cachottière".
De ces nuits là naît une volonté d'en finir ou pire, de continuer le combat.
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