vendredi 3 août 2012

L'impétuosité du rien

Si on aime réellement les mots, le dégoût de soi s'écrase, autant qu'il fait que je m'écrase. Ce n'est point facile de formuler quoi que ce soit quand on ne s'aime plus. Quand on ne fait que se détester. Que viendront y faire mes phrases, la vie a fait de moi une fresque ignoble. Une ignominie de l'art de faire des hommes. Je n'ai plus toute ma tête; je n'ai plus assez de couilles pour rêver ni même oser respirer tout haut. Les choses ont changé, les choses changent. La vie bat son plein, la fin aussi. Le rideau se hisse et les spectateurs que nous sommes pensent encore que c'est une nouvelle pièce que l'on nous annonce. Pauvres bougres que nous sommes, la vie tire sa révérence. Sur cette planète de couillons, il n'y a plus matière à parler, alors que peut-il en être aujourd'hui d'écrire. Les hommes ne veulent plus être sermonnés. Ils s’essoufflent autant que cette couille de terre, autant que leurs vieux rêves enterrés sur le seuil des carrières. Quand il s'agit de notre mal de vivre, on s'illusionne chacun que nous sommes le fameux patient zéro. On n'aime plus la prêche, nous logeons tous où que nous soyons dans un bordel. Alors, la prêche, on en fait simplement des colliers vintage avec des pendentifs en croix ou des récits coraniques avec des pages dorées à en jeter plein la vue. Réduits à n'être que des ombres de nous même, nous nous retrouvons en plein dans le gouffre de la non-existence parfumée aux senteurs de la vie de rêve. Il y eut ce moment perfide, où toutes mes illusions se sont effondrées. Le fracas était semblable à celui du mur de Berlin. Quelque chose était fini. Et aujourd'hui, je me débats furieusement incessamment contre l'idée que moi même je n'en suis pas loin de ma finitude.
Vais-je passer le reste de mes jours à écrire des testaments d'une vie qui se fait interminable?
Ou vais-je finalement me résigner à accepter qu'il y a jamais eu de manière de vivre, de manière d'être et encore moins une manière de saigner les mots.
Du temps, il n'en reste pas assez pour se cacher derrière des "non, je ne suis pas assez bien". Non que les choses en vaillent la peine, ou que tout se doit d’être vécu. Mais il est des cas où être scatophile n'est plus une perversion sexuelle à condamner mais une perversion à laquelle la vie vous somme de vous abandonner.
Il n'y a pas trente six mille chemins à emprunter. Il n'y a qu'un seul sentier. Aimez cette merde que vous êtes. Aimez vos excréments. Et tâchez de tirer la chasse d'eau quand cela pue trop. Mais ne vous pensez jamais au dessus de l'urinoir. Au meilleur des cas, vous pouvez vous dire que certains ne font qu'être des urinoirs prêts à ravaler votre pisse.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire