lundi 22 octobre 2012

Foucault a foulé ce sol tendre idiote!

Il se faisait tard. On s'était réjouis du vacarme des pendules roulant vers l'aube, on s'était crus délivrés à l'aurore. On se savait perdus à ne plus vouer notre culte du soleil levant. On s'était reprochés ce risque stupide qu'on avait pris de ne jamais attendre le jour; on en avait oublié que la nature est mutante et que le coeur se plait à suivre la spirale cycle de l'harmonie universelle. Nous aurions du peut être prendre garde à n'échanger que les mots qu'il faut. Le zèle en amour n'est que sa mise à mort. On avait l'air bien beaux à oublier la guillotine du rude réveil en se balançant ces cochonneries mièvres qui nous font entrevoir un eden nous étant interdit. On aurait pu se sermonner doucement, langoureusement  mais on aurait du s'épargner les vaines promesses et les frileux mensonges. Ce matin, l'oreiller se tord sous ma tête comme une horloge grinçant l'éveil. Je m'interdis la lutte quotidienne pour me réveiller,je n'ai pas à lutter, ou je me lève ou je somnolerai éternellement sans nains pour me protéger ni baisers d'un vieux chnoque de prince. Le téléphone est aussi impassible qu'une toile, personne n'appelle, personne ne titille ma boite à message. Il n'y a rien à y faire, on aurait du ne rien se promettre. L'amer habille mes pieds, le dégoût couvre mon cou, je me prépare en tâchant de te tuer en moi. Ma patrie est comme toi, ,ne faisant que des sermons à torturer ma pauvre conscience et des voeux bons à ne jamais se réaliser. Je devrais songer à me faire encastrer des couilles, avorter mes élans castrateurs et m'offrir pour la veille de mes vingt-quatre années charnues une remise à zéro, un départ, une ultime conquête de mon Moi injustement banni. Je serais loin de vous, toi et cette nation perfide et malsaine, comme un avorton qui fait sa première fugue, injuriant à tue tête père et mère.
En attendant, je m'efforce de croire qu'en cours de roman, je m'allume une lueur d'avenir. Le professeur me rappelle moi, une vieille drôle aimable et coriace dans son vocabulaire, éblouissante mais vieille quand même. Et ce doit être l'arrogance de ma fatigue de la vie qui m'assimilait à une dame me dépassant en âge et en raison. Mais il serait bon de mentionner que l'analogie n'a rien de glorieux. Ça doit être un certain antipode du miroir à Blanche Neige. "Dis nous qui est la plus moche?" Ses yeux, sa gentillesse, l'identification perverse, tout me renvoyait aux promesses railleuses de l'avenir. Et l'avenir n'en a jamais marre de me rire au nez.
Pause. Les gens ne s'arrêtent jamais même quand c'est permis. Moi je m'arrête tout le temps même quand ça m'est interdit. Je m'en suis retrouvée pourvue d'un retard excédant qui fait de moi un génie précoce quand tout ce qui m'entoure peut encore s'autoriser la bêtise de l'adolescence. Chose sotte à écrire aux premières allures, mais je dois avouer que si je leur distribuais mon âge à parts égales, mes camarades sauteraient des classes. Alors, la pause, bon, je n'en ai rien fait de particulier à part scruter des regards tout aussi indiscrets et un téléphone beaucoup trop discret.
Paraphraser les dires des gens prêterait à penser que je ne suis qu'une taciturne aux cheveux hirsutes et rougeâtres. Mais ce serait injuste d'omettre la mention du choix du rouge pour mon sang ayant trop coulé et ma tresse jetée au pied d'une poubelle, parce que l'avanie de certaines amours n'avait été que trop impétueuse.
Je t'appelle, tu me demandes si je suis réveillée, j'aimerais te rire au nez mais la fatigue me gagne. Je l'achève la conversation, je l'achève aussi vite qu'une enfant peu habituée à entre des voix au combiné. Je regrette déjà. Je n'étais pas la seule à être amère. La réalité t'avait rattrapé aussi. Je me demande à quoi sert la mort si elle semble absurde. Sans cette affligeante incohérence avec la vie, j'en aurais fait usage. Je ne veux plus de ce future qui se rit de moi. Ni de toutes ces portes qui me claquent encore au visage à cette heure ci, à cette heure tardive de ma vie.

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